EPP pharmacien : comment une évaluation de pratiques entre dans le DPC
Par L'équipe Genysis · 21 septembre 2026 · Lecture 8 min

« L’EPP, c’est un audit administratif. » Beaucoup de pharmaciens résument ainsi la question « EPP pharmacien, c’est quoi dans le DPC ? ». L’évaluation des pratiques professionnelles n’est pas un contrôle venu de l’extérieur : c’est un regard structuré sur sa propre délivrance, qui peut compter dans l’obligation de développement professionnel continu.
L’idée reçue de l’audit administratif
Le mot audit évoque un contrôleur, une grille apportée de l’extérieur, parfois une sanction. Dans une officine, cette image suffit à repousser le sujet à la fin de la période. On range l’évaluation avec les attestations à signer et les tableaux de présence. Le comptoir, lui, continue exactement comme la veille, avec les mêmes raccourcis dès que la file s’allonge.
Une évaluation de pratiques part du geste déjà fait. L’équipe retient un acte qu’elle répète souvent, décrit le critère qu’elle veut tenir, compare ce critère à ce qui s’est passé sur des délivrances récentes, puis choisit un changement assez petit pour survivre au samedi. Une trace existe, parce qu’une action doit pouvoir être suivie. Cette trace n’est pas le travail. Le travail, c’est que la délivrance du mardi et celle du samedi finissent par se ressembler.
L’idée reçue coûte cher en temps. Certaines équipes attendent d’avoir « un vrai dossier » et choisissent au dernier moment une formation qui n’éclaire aucune de leurs erreurs habituelles. D’autres remplissent un formulaire sans ouvrir une seule situation. Dans les deux cas, on peut avoir touché une obligation et laissé le comptoir intact. L’évaluation utile commence le jour où quelqu’un accepte de regarder un renouvellement réel, pas un cas d’école.
EPP pharmacien : c’est quoi, concrètement
L’EPP pharmacien se fait dans l’officine, sur des situations que l’équipe a déjà eues entre les mains. On fixe le thème. On écrit le critère en une phrase que tout le monde peut répéter. On reprend des délivrances récentes en retirant les noms. On note où le critère a tenu, et où il a cédé devant l’heure, l’habitude ou une consigne floue. On choisit une seule correction. Plus tard, on vérifie qu’elle est encore là. Sans ce second passage, il y a eu une conversation de réserve, pas une évaluation.
Le pharmacien ne reprend pas la place du médecin. Il regarde la qualité de son propre acte : la question posée, la phrase dite au patient, l’orientation proposée, la trace laissée pour le collègue du lendemain. Le préparateur y est indispensable. C’est souvent lui qui voit la file et qui sait à quel moment une alerte du logiciel est validée pour avancer. Une évaluation menée par le titulaire seul, un soir, sans celles et ceux qui tiennent le samedi, décrit une officine qui n’est pas celle du week-end.
« On ne cherche pas un coupable. On reprend des délivrances récentes et on regarde si le contrôle que l’on croit faire est vraiment fait. »
Formation continue, EPP et programme intégré
La formation continue apporte ou remet à jour un savoir. On sort d’une classe, d’un parcours en ligne ou d’une lecture guidée avec des repères plus nets. Rien, à ce stade, n’a montré que le comptoir s’en sert le lendemain. L’évaluation fait l’autre partie du chemin : elle mesure la pratique. Il est courant de connaître la recommandation et de sauter la question dès que la file s’allonge.
Le programme intégré réunit les deux dans un même parcours. On apprend, puis on regarde ses actes, ou l’on part de ses actes pour savoir quoi apprendre. La gestion des risques est une autre modalité reconnue du développement professionnel continu ; elle n’est pas développée ici. La manière dont ces formats se combinent pour la période en cours est publiée par l’agence. Elle se lit sur le compte du professionnel. Le souvenir d’une session ancienne ne la remplace pas.
- Formation continue : acquérir ou réactualiser un savoir utile au comptoir.
- Évaluation des pratiques : observer ses actes et les comparer à une référence explicite.
- Programme intégré : lier l’apprentissage et l’observation dans un même parcours.
- Période en cours : le compte personnel indique ce qui est reconnu, pas la rumeur d’équipe.
Où l’évaluation entre dans le DPC
Le DPC est une obligation personnelle, organisée par périodes de trois ans. Une évaluation peut en faire partie, seule ou dans un programme intégré, selon les règles de la période. Avoir le sentiment d’être à jour ne vaut pas validation. Ce qui compte, c’est ce que le compte enregistre lorsque l’action a été suivie et déclarée selon le circuit prévu.
Le financement ne se déduit pas du thème. Droits ouverts, mode d’exercice, inscription faite par le professionnel : tout se vérifie avant de retenir une session. Les montants et les critères de l’année se consultent sur le site de l’Agence nationale du DPC. Le fonctionnement du DPC et le cadre des obligations et du financement aident à poser les bonnes questions. Ils ne remplacent pas la lecture du compte, et cette page ne recopie aucun barème.
Ce que l’on observe dans sa propre officine
Le matériau, ce sont les actes de la maison. On n’envoie pas d’ordonnances nominatives à un organisme pour « faire l’évaluation à distance ». Les situations sont débarrassées de tout ce qui identifie une personne, ou bien elles restent dans l’officine sous la forme d’un constat d’équipe : le critère était présent, ou il ne l’était pas. Le secret professionnel ne se met pas en pause parce qu’une action de formation le demande.
Le thème devient parlant dès qu’il colle à un risque déjà vu au comptoir. Pour une délivrance sensible, les questions tiennent en peu de lignes, et elles se posent à voix haute :
- La question faite au patient est-elle la même le mardi, avec l’équipe au complet, et le samedi, en effectif réduit ?
- Un doublon ou un relais est-il dit avant que la boîte quitte le comptoir ?
- L’alerte du logiciel est-elle lue, ou validée pour ne pas ralentir ?
- La consigne donnée au patient est-elle retrouvable par le collègue, ou seulement parlée ?
- Le préparateur sait-il à quel signal il appelle le pharmacien, sans attendre la fin de la file ?
L’écart vient rarement d’une ignorance totale. Il vient de la file, d’une consigne qui change selon la personne de garde, d’une alerte devenue familière. Une évaluation qui conclut « il faut être plus vigilant » ne change rien. Une phrase commune, dite avant de tendre la boîte, et reprise au point du matin, change déjà la vacation suivante.
Les anticoagulants oraux comme support, pas comme examen
Les anticoagulants oraux se prêtent à cet exercice parce que le renouvellement est fréquent, que le patient dit souvent « c’est comme d’habitude », et qu’un relais ou un doublon se voit trop tard si personne ne le formule. L’équipe peut observer sa façon de délivrer sans inventer un seuil d’INR et sans réciter un schéma de prise. L’INR, quand le patient en parle, est un suivi à entendre et à orienter vers le pharmacien, pas un chiffre à interpréter de mémoire au comptoir.
Des thèmes d’évaluation proposés par Genysis s’appuient sur ces actes, à commencer par la délivrance des anticoagulants oraux. Le thème n’est pas un examen à réussir. C’est un support pour regarder ce que l’officine fait déjà : la boîte rangée trop vite, le relais que le patient résume d’une phrase, l’historique qui montre deux traitements et que l’on valide parce que « le médecin a dû y penser ». La démarche d’évaluation des pratiques sert à rendre ces scènes discutables sans mettre un collègue en accusation.
Changer une pratique sans inventer un barème
Le changement utile est étroit. Une phrase que toute l’équipe dit avant de remettre un anticoagulant. Un endroit unique où l’on note qu’un relais a été expliqué. La règle que le samedi pose la même question que le mardi. On la dit au point de début de vacation. On ne la laisse pas dans un classeur que personne n’ouvre entre deux patients.
Cette page ne fixe ni le nombre de situations à reprendre, ni le barème de l’année, ni un numéro d’action. Ces éléments figurent dans le descriptif de l’action et sur le site de l’agence. Recopier le chiffre qu’un confrère a retenu l’an passé fabrique de fausses attentes, et parfois un dossier à côté du cadre. L’évaluation reste une affaire de pratique : ce que l’on a vu, ce que l’on a décidé de faire autrement, ce que l’on a revu ensuite.
Questions fréquentes
L’EPP suffit-elle à elle seule pour valider le DPC ?
Pas automatiquement. Selon la période, l’évaluation compte seule ou à l’intérieur d’un parcours qui associe d’autres formats. Le compte ouvert auprès de l’agence indique ce qui est reconnu pour le professionnel, au moment où il s’inscrit. Un article ne peut pas figer la combinaison à sa place.
Faut-il envoyer des ordonnances avec le nom des patients ?
Non. L’évaluation porte sur la pratique de l’équipe, pas sur l’identité des personnes. On travaille sur des situations dont on a retiré les éléments identifiants, ou sur un constat tenu dans l’officine. Le secret ne se négocie pas contre une attestation.
Est-ce un contrôle de l’Assurance maladie ?
Non. Personne ne s’installe dans la réserve pour noter l’équipe. L’évaluation est engagée par les professionnels sur leur propre activité, avec une référence claire. La dimension administrative sert à tracer l’action, elle n’en est pas le contenu.
Peut-on la faire entre deux patients, sans méthode ?
Un échange au comptoir ne suffit pas. Il faut un critère écrit, des situations reprises de la même façon, une correction choisie et un second regard. Cela peut tenir dans le rythme de l’officine, à condition de le prévoir. L’improvisation du samedi soir ne constitue pas une évaluation.
Passer de la formule à une évaluation de délivrance
Une évaluation sur la délivrance des anticoagulants oraux donne un support concret pour regarder ce que l’équipe fait vraiment, puis pour tenir un changement au comptoir.
Évaluer la délivrance des anticoagulants
Besoin de vérifier un financement ? Contacter Genysis Learning.
